ARTIST MIRCEA POP






ISTORII ŞI HIEROFANII



 

 

Histoires et hiérophanies

 

Mircea Pop est le seul artiste roumain contemporain qui se revendique explicitement et documenté du point de vue historique, de l'origine de quelques  < artistes > paysans du XIXeme siecle qui ont pratiqué l'art historique de la gravure populaire sur papier (la xylogravure) aux environs de Gherla (Hasdate), lui étant un descendant direct de ces graveurs.
Imaginant comme une partie intégrante de sa propre ouvre le village natal, le lieu de son origine, la maison de ses ancetres, appartenant au début au dernier graveur de Hasdate, Simion Pop, les lieux de l'enfance, l'auteur  les attache au concept de l'ouvre, en agissant conformément a < la théorie de l'aura > de Walter Benjamin (cf. Boris Groys, Topologia aurei si alte eseuri, Idea Design Print, Cluj 2007), en jetant sur ces réalités pauvres aux origines, l'aura de la modernité, en faisant que les différences matérielles entre l'original et la copie ne soient plus valables. Dans ce sens il imagine de tous ces < documents > un musée qui est situé en dehors de son contexte social et historique et il est considéré  comme une partie intégrante de sa propre ouvre. De cette maniere son musée devient une maniere de récupération de la tradition, de transmission des anciennes traditions artistiques, de l'aura, par un jeu de la modernité, de la délocalisation, relocalisation.
Ici, il introduit aussi les copies des gravures de Hasdate qui, dans ce contexte, ne sont pas moins originelles  et éternelles, créant une < installation > a l'échelle globale de sa propre ouvre qui contient, par le musée, une histoire et devient par cette chose < original >, ainsi comme il est déja arrivé souvent dans l'histoire moderne de l'art, par exemple par Duchamp ou Andy Warhol. On crée de cette maniere un < show > par lequel la tradition meme devient un vecteur de la modernité. Or, pour revenir a notre théorie, ce n'est pas autre chose qu'une forme d'hiérophanie par laquelle des réalités courantes ou historiques prennent l'image du sacré. (Idem, pg. 23)
L'auteur se revendique explicitement comme étant < un produit > pas autant de l'école contemporaine d'art de Cluj que d'une historicité locale, en se considérant comme un dépositaire d'une histoire sédimentée, accumulée comme des valeurs culturelles de quelques générations de pratiquants - paysans, auteurs, des environs de la ville de Gherla, de la gravure populaire, art prodigue qui a connu une floraison dans la région il y a 200 ans, mais qui est disparu ensuite comme un phénomene de < l'instruction > libre au début du XIXeme siecle. Son origine dans le village Hasdate, le lieu de la floraison miraculeuse de ce phénomene de l'art < primitif, paysan > et sa descendance soutenue des derniers graveurs populaires (il est l'héritier de droit de la maison du XIXeme de son arriere grand -pere, le graveur Simion Pop, le dernier, par une descendance vérifiée de ces graveurs) le place dans la position d'un continuateur, a une autre échelle, de ceux-ci. La simple proximité géographique, mais aussi sa descendance de ces  < illustres > ancestry semblent etre suffisantes pour documenter une nouvelle < source> de sa création actuelle qui légitime pas autant sa présence sur le domaine artistique mais, surtout, par ses options stylistiques, une < mystique du sang > de souche chrétienne aussi.
Apres presque 100 ans depuis la disparition du dernier graveur paysan, Simion Pop, est né un arriere- petit fils de celui-ci, Mircea Pop, qui, cette fois -ci, en suivant les écoles appropriées, se forme pour devenir un artiste plasticien, une profession indépendante, qui suppose, a présent d'autres rigueurs et d'autres conditions de manifestations.

L'activité artistique  
A partir de 1998 il devient professeur d'Éducation Visuelle a Gherla et membre d'UAP de Roumanie - la filiale de Cluj, a partir de 2000.

Des expositions personnelles
La Maison de Culture de la Jeunesse, Cluj 1987; La Maison de Culture des Étudiants, Cluj 1988-1990; Le Musée des Donations, Cluj 1995 (exposition de groupe), Les Galeries UAP, Cluj 2001-2009 (expositions de groupe), Le Musée Ethnographique, Negresti Oas 1996, le Musée d'Histoire de Gherla 2002, 2003, 2008, La Galerie d'Art, Gherla 2004, La Maison de la Culture, Gherla 2007, Le Musée d'Histoire, Dej 2010, Le Musée de Xylogravure Hasdate, 2008-2011, L'église Sfanta Treime, Gherla 2011.
A partir de 2008 il commence l'organisation dans le village Hasdate du premier musée villageois de xylogravure populaire / la gravure populaire, en essayant de mettre en valeur l'activité de ses ancetres, en organisant ici des colonies de création pour les créateurs contemporaines et en menant une assidue activité d'artiste plasticien avec les éleves de l'école ou il travaille comme professeur. Petit a petit, cette extension de son travail a mené vers une nouvelle compréhension des rapports de son art avec la tradition illustrée par ses propres ancetres. Par ce retour programmatique, l'exemple de son attitude présente un caractere d'unicité dans l'art contemporaine, celle -ci étant la premiere tentative de traitement explicite, programmatique, de son passé familial pour construire, a -posteriori, une dynastie artistique, ayant ses premieres racines, les plus profondes, dans l'activité artistique et commerciale de ses ancetres. Son activité a suscité l'intéret de plusieurs publicistes comme Ilie Calian, Szekely Csaba (ziarul < Faclia > et Daria Dumitrescu (< Mesagerul transilvan >). Il a été fortement encouragé par les mots de l'écrivain Alexandru Caprariu, comme par ceux de Virgil Ratiu et Iulian Damacus et par les appréciations  de l'académicien Stefan Pascu, qui ont reconnu et apprécié l'originalité de sa démarche.
Une telle posture est embrassée par  Mircea Pop, celui-ci  étant convaincu d'etre entouré d'une sacralité qu'on peut identifier ou qu'on regarde.  Une sorte de < panthéisme > pré-chrétien se trouve a l'origine de cette attitude qui évoque dans chaque objet une < maison de l'esprit > vivant et sacré qui est le meme partout et par lequel il se sent lui-meme animé.  L'orientalisme, mystique et profane a la fois, de sa conception ne devient pas toutefois religion que si ces hiérophanies d'identification sont sélectives et tendent a exprimer une doctrine propre au chrétien pratiquant.
L'occidental moderne se sent d'une certaine maniere intimidé face a certaines formes de manifestation du sacré, ne croyant pas que celui-ci puisse se manifester, pour certains etres humains, dans les pierres ou les arbres.  La pierre sacrée, l'arbre sacré ne sont pas adorés  en tant que tels - éléments auxquels l'artiste revient avec une certaine obstination - mais ils sont des hiérophanies parce qu'ils < montrent > quelque chose qui n'est ni pierre ni arbre, mais qui contient < le sacré > qui est autre chose,  < ganz andere > dit Eliade. On a montré plusieurs fois et il convient de souligner encore le fait que toute hiérophanie, meme la plus élémentaire représente un paradoxe. En manifestant le sacré un objet quelconque devient autre chose, sans cesser d'etre lui-meme, car il continue de participer a son milieu cosmique environnant. Une pierre sacrée reste une pierre ; apparemment (plus exactement : d'un point de vue profane) rien ne la distingue de toutes les autres pierres. Pour ceux auxquels une pierre se révele sacrée, sa réalité immédiate se transmue au contraire en réalité surnaturelle. En d'autres termes, pour ceux qui ont une expérience religieuse, la nature toute entiere est susceptible de se révéler en tant que sacralité cosmique. Le cosmos dans sa totalité, peut devenir une hiérophanie. (Mircea Eliade).
Dans l'ouvre artistique de Mircea Pop, le théâtre de cette manifestation, La Hiérophanie, identifie les éléments du monde environnant non pas de la perspective de leur pittoresque comme ouvres d'art, mais en le considérant comme < des éléments de langage conceptuel > par lesquels s'exprime sa doctrine esthétique. Sa méthode de faire de l'art est la seule < religieuse > parce qu'elle suit une < manifestation > profane, libérée de toutes les contraintes rituelles et cérémonielles de la croyance. Celle -ci n'est pas considérée comme nécessairement  une forme (animée) de < l'hystérie > religieuse. Par contre, elle appartient a une certaine modernité qui n'est pas  passionnelle et émotive, mais suppose un certain déroulement démonstratif, logique, soumis a la créativité de la forme artistique < tranquillisée > dans < un réseau de concepts > qui commence par l'homme - vu/compris comme un arbre cosmique - et identifie ses avatars terrestres par des totems, <  des cannes >, des formes de la puissance et de la sagesse, des instruments, des outils, des attributs hérités de la sagesse historique, < des coupes > - formes de l'abondance nutritive, des trésors accumulés, des biens de l'existence matérielle, mais également des vecteurs de la débauche, < des épées >, formes de protection de la vie, de promotion de la vie, des armes de l'existence identitaire et de stratification sociale.

Vasile Radu
Janvier 2012